Historique des kiseru

 

 

Etymologie

L’origine du mot japonais kiseru est incertaine. La thèse la plus répandue est qu’il proviendrait du mot cambodgien « khsier » signifiant « pipe ». Mais rien ne l’atteste véritablement, et d’autres pensent que cela pourrait venir du portugais « que sorver » (« qui s’aspire »). Il existe d’ailleurs le même problème d’étymologie pour le terme « rau » (prononcer « la-ou ») qui désigne le tuyau de bambou des kiseru. Ce terme viendrait pour certains directement de « Laos » pays voisin du Cambodge dont le bambou était utilisé pour faire les pipes. Alors que pour d’autres, il viendrait encore du portugais ou de l’espagnol « rabo »...

 

Les débuts

Ce sont les Portugais qui ont introduit le tabac au Japon dans la seconde moitié du XVIème siècle. Les Japonais auraient été particulièrement surpris de voir les Portugais fumer la pipe et recracher de la fumée se seraient même exclamé « Les Barbares du Sud font du feu dans leur ventre ! »

Mais le tabac fut très rapidement adopté par les japonais et dès la fin du XVIème siècle, c’est le kiseru qui sert à fumer le tabac et il restera quasiment le seul moyen de fumer du tabac au Japon pendant près de trois siècles, jusqu’aux environs de la Restauration de Meiji (1868), période à partir de laquelle les cigarettes deviennent très populaires.

Rapidement après son introduction le tabac a été l’objet d’une prohibition, mais la production et la consommation de tabac ont continué à se développer en dépit des interdictions.

 

 hanga kiseru

Epoque Edo (1603-1868) : La grande époque des kiseru

L’époque d’Edo (1603-1868) qui précède donc l’essor des cigarettes est donc la grande époque des kiseru. Dès le début du XVIIème siècle lorsque les interdictions furent levées, le tabac était déjà très implanté dans toutes les classes sociales comme un bien de consommation de luxe. On estime que c’est à cette époque que s’est vraiment développé l’usage des kiseru et du tabac « kizami » taillé très finement.

 

A l’époque d’Edo existait dans la haute société la « cérémonie du tabac » ou « voie du tabac » (tabako-dō 煙草道). Comme pour la cérémonie du thé par exemple, des règles de politesse et de bienséance étaient fixées. On parlait de « les bonnes manières pour recevoir et donner le kiseru » (「キセルの請取渡(うけとりわたし)の礼」). Voici comment étaient énoncées les règles :

1-    Si vous avez un invité, avant toute chose préparez le tabako-bon (« nécessaire à kiseru »).

2-    L’invité ne se mettra pas à fumer avant l’arrivé du maître des lieux.

3-    Le maître des lieux, dès son arrivée, commencera par dire « Je vous en prie, fumez-donc. »

4-    L’invité déclinera poliment l’offre en disant « Je vous en prie, c’est au maître des lieux de commencer ».

[répétition deux ou trois fois de l’échange 3 et 4...]

5-    Le maître des lieux sort un papier avec lequel il essuie soigneusement le kiseru et le tend à son invité en disant « Je vous en prie, utilisez cela. »

6-    L’invité peut enfin commencer à fumer, sans oublier le compliment sur le bon goût du tabac servi...

 

Vers la mi-Edo, les Japonais ont voulu pouvoir fumer en dehors de chez eux et, pour pouvoir toujours garder près d’eux leur kiseru, ils ont développés différents objets dont les divers « tabako-ire ». Quand on finissait ses études, on se voyait souvent offert un « tabako-ire » en récompense. Ces objets que l’on accrochaithanga kiseru généralement à la ceinture du kimono étaient ainsi devenu une marque sociale, un accessoire qui permettait ainsi aux jeunes de montrer et de dire à tous « Je suis un adulte ».

A l’époque, il était également devenu très chique de posséder un « nobe kiseru » en argent. C’était un accessoire de mode indispensable pour les jeunes des riches maisons.

La présence de kiseru dans de nombreuses estampes de l’époque d’Edo atteste de l’importance de cet objet dans la vie quotidienne des Japonais de l’époque.

A partir du milieu du XIXème siècle, vers la fin de l’époque d’Edo, les cigarettes importées d’Occident ou de Russie deviennent de plus en plus populaires.

 

 

Meiji-Taishō (1868-1926) : L’avènement des cigarettes

La Restauration de Meiji marque un tournant important dans la culture japonaise. C’est le moment où le Japon s’ouvre de nouveau à l’étranger et où, après environ deux siècles de quasi-autarcie, les Japonais ont soif d’apprendre de l’Occident. Cela contribuera naturellement à l’essor des cigarettes au détriment des kiseru. Dès le début de Meiji (Meiji 5 – 1872), les premières cigarettes japonaises voient le jour. Cependant, c'est surtout à partir de Taishō (1912-1926) que les cigarettes prendront définitivement le dessus. Durant l'époque Meiji, les kiseru restent encore très populaires.

 

Marchand de kiseru ambulant

Marchand de kiseru ambulant

 

Notamment, le célèbre Lafcadio Hearn (1850-1904), auteur d’origine Irlandaise naturalisé japonais sous le nom de Koizumi Yakumo, aimait beaucoup fumer et avait réuni une collection de plus d'une centaine de kiseru.

 

Kiseru de Lafcadio Hearn

Quelques kiseru de la collection de Lafcadio Hearn

(Koizumi Yakumo Kinen-kan - Matsue)

 

Ci-dessous une photo prise dans les années 1890 de deux jeunes femmes (prostituées ?) dont l'une seins nus, fumant avec un kiseru. Au premier plan le "tabako-bon".

Femmes avec kiseru

(source : oldphotosjapan.com)

 

Témoin également de la popularité des kiseru à la fin du XIXème siècle, le récit de l’Américain Thomas Stevens qui fit le premier « tour du monde en bicyclette » entre 1884 et 1886. Voici ce qu’il dit de l’usage des kiseru à cette époque :

« Tout le monde fume au Japon, aussi bien les femmes que les hommes. La pipe commune dans le pays est un petit tube en laiton d’une quinzaine de centimètres dont l’extrémité en coude est élargie pour former un bol. Ce bol ne peut contenir qu’une petite quantité de tabac. Quelques bouffées, un petit coup précis sur le bord du brasier pour faire tomber le résidu et la pipe est re-remplie, encore et encore, jusqu’à ce que le fumeur soit satisfait. Les filles qui attendent dans les yadoya et maisons de thé rangent leur tabac dans les grandes poches de leur manche, leur pipe parfois enfoncée dans leur écharpe ou dans leur ceinture, parfois enfoncée dans l’arrière de leur chevelure. »

("Around The World On A Bicycle" Thomas Stevens - trad.: Kiseru-pipe.com) 
 

Jeune japonaise ralumant son kiseru par Th. Stevens (1886)

Jeune japonaise ralumant son kiseru par Th. Stevens (1886)

(source : www.japanbiking.com)

 

 

Epoque contemporaine : renaissance des kiseru ?

En 1929, il y avait encore 190 ateliers et près de 400 artisans qui produisaient des kiseru au Japon. Désormais, il ne reste plus que quelques artisans.

On assiste cependant tout dernièrement à un retour des kiseru au Japon. La production tabac « kizami » (particulièrement adapté à l’usage des kiseru) qui avait été complètement stoppée en 1979 a d’ailleurs finalement repris. Les Japonais, et particulièrement les jeunes Japonais, redécouvrent le plaisir de fumer le kiseru. Les feuilletons et manga historiques où l’on voit les personnages fumer le kiseru ne sont sans doute pas étrangers à ce renouveau.

 La sulfureuse Kiyoha dans le film "Sakuran"

La sulfureuse Kiyoha dans le film "Sakuran"...

 

Festival du Kiseru

Anecdotique mais intéressant, chaque année, le premier dimanche de septembre, se tient dans la région d’Ibaraki cet étonnant Festival du Kiseru « Kiseru Matsuri » où l’on transporte à dos d'homme en pleine montagne un énorme kiseru de 60 kg et 2,6 mètres de longueur (diamètre du bec 28 cm...), le tout accompagné naturellement de rituels shintō. Ce festival se tient chaque année sur le Mont Kaba-san, à Ishioka, depuis 1954, après que les récoltes de tabac de la région furent « miraculeusement » sauvées d’abondantes précipitations de grêle. Un kiseru géant de 3,5 mètres bricolé en bambou et en tôle par les paysans de la région fut alors donné en offrande au sanctuaire shintō local. Dix ans plus tard, en 1964, le magnifique kiseru de la photo ci-dessous fut confectionné par l’ancienne célèbre fabrique Murata qui, face à la conjoncture, cessait la fabrication de kiseru et voulait réaliser et offrir ce dernier kiseru symbolique...

 Kiseru Matsuri

Kiseru Murata de 2,6 mètres de longueur !

(Source : www.ishioka-kankou.com)

 


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